Position ontologique et épistémologique : les clés pour en saisir les fondements

La philosophie et les sciences sociales ne cessent de faire jaillir des débats sur la position ontologique et épistémologique. Derrière ces mots un brin intimidants, se cachent deux interrogations de fond : qu’est-ce qui existe réellement ? Et comment prétendre connaître ce qui nous entoure ? L’ontologie s’attarde sur ce qui compose la trame du réel, tandis que l’épistémologie fouille les ressorts et les limites de notre connaissance.

Se familiariser avec ces notions n’a rien d’un luxe réservé aux chercheurs : nos conceptions façonnent nos démarches, influencent la lecture des faits et modèlent, mine de rien, nos visions du monde. Que l’on manipule des statistiques ou que l’on s’interroge sur les grandes idées qui traversent la société, la manière d’aborder ces questions a des conséquences directes sur les méthodes employées et sur la portée des résultats obtenus.

Définir l’ontologie et saisir sa portée

L’ontologie, c’est avant tout un champ de tensions entre différents courants de pensée. Le positivisme s’y affiche sans détour : le réel serait accessible, objectif, universel. Avenier et Thomas reprennent cette ligne, plaidant pour une description fidèle, débarrassée des prismes personnels. Face à ce réalisme, le constructivisme avance une vision beaucoup plus nuancée : la réalité, loin d’être unique, se tisse dans les échanges sociaux et dans l’histoire, comme le souligne Thiétart. Dans cette perspective, toute connaissance est inséparable du cadre dans lequel elle se construit.

Les grands repères de l’ontologie

Pour clarifier ces positions, voici les deux courants majeurs qui dominent les débats ontologiques :

  • Positivisme : Prône une réalité qui existerait indépendamment des individus et pourrait être appréhendée de manière objective.
  • Constructivisme : Défend l’idée que la réalité est le fruit de constructions sociales, et donc toujours située, subjective et évolutive.

En sciences sociales et en philosophie, ces courants ne se contentent pas d’alimenter la réflexion théorique. Ils dictent les outils, les méthodes et la posture du chercheur face à ses objets d’étude. Choisir une position ontologique, c’est déjà prendre parti sur la manière de collecter les données et d’en tirer du sens.

Ce choix de camp, loin d’être anodin, conditionne la route méthodologique empruntée et influence la portée des analyses. En sciences sociales, l’opposition entre positivisme et constructivisme dessine souvent la frontière entre deux manières d’appréhender les phénomènes humains : soit comme des faits bruts à observer, soit comme des réalités à décrypter dans leur complexité et leur diversité.

Explorer les positions ontologiques

Deux concepts structurent particulièrement les discussions sur l’ontologie : l’idéal type et la représentation sociale.

Max Weber propose l’idéal type comme une construction intellectuelle, volontairement simplifiée, qui sert à éclairer certains mécanismes sociaux. On ne cherche pas à décrire fidèlement la réalité, mais à dégager des formes pures qui rendent possible la comparaison et l’analyse. Galindo rappelle que cet outil conceptuel permet de confronter les observations à une grille de lecture structurée, sans prétendre coller au réel dans ses moindres détails.

La représentation sociale, telle que définie par Abric, joue un autre rôle : elle fournit aux individus et aux groupes des cadres pour donner du sens à leurs actions et interpréter le monde. Pour Olivera, ces représentations fonctionnent comme des systèmes d’interprétation, forgés au fil des interactions sociales et porteurs de normes collectives. Elles s’organisent autour d’un noyau central, partagé, stable, auquel s’ajoutent des éléments périphériques, plus flexibles.

Au-delà de leur intérêt théorique, ces concepts ont des applications concrètes dans la recherche : ils servent de boussoles pour élaborer des hypothèses, structurer un raisonnement ou encore analyser des phénomènes sociaux dans toute leur complexité.

L’épistémologie : comprendre la nature de la connaissance

L’épistémologie, héritée du grec ancien, interroge la fabrication même du savoir. Jean Piaget en donne une définition structurante : le paradigme épistémologique regroupe un ensemble d’hypothèses cohérentes sur la manière dont une connaissance peut être construite et validée. Ces hypothèses orientent la démarche du chercheur, de la formulation des questions à l’interprétation des résultats.

Panorama des paradigmes épistémologiques

Les paradigmes épistémologiques dessinent des façons très différentes de penser la recherche, comme l’explique Brasseur. Les deux pôles principaux structurent encore une fois le champ :

  • Positivisme : Cherche à décrire la réalité telle qu’elle est, en s’appuyant sur des méthodes objectives et universelles.
  • Constructivisme : Estime que le savoir se construit toujours dans un contexte social, et que la réalité dépend des perceptions et des interactions.

Du choix méthodologique à l’épistémologie

La méthodologie, que l’on peut définir comme une réflexion sur les outils et démarches permettant d’accéder au savoir, n’est jamais neutre. Elle découle directement de la vision que le chercheur a du monde et de la connaissance. Cette articulation entre paradigme, méthode et interprétation guide toute la chaîne de production du savoir scientifique.

Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de techniques, mais bien de choix fondamentaux qui orientent la compréhension des phénomènes étudiés.

philosophie abstraite

Les positions épistémologiques en pratique

La manière d’aborder la connaissance influence directement les méthodes de recherche adoptées et la lecture des données. Dans les sciences sociales, deux approches dominent : recherche qualitative et recherche quantitative.

La recherche qualitative

Souvent rattachée au constructivisme, la recherche qualitative privilégie l’exploration détaillée des expériences, des vécus et des significations. Elle s’attache à comprendre comment les acteurs donnent du sens à leurs actions, au-delà des chiffres ou des catégories préconçues.

La recherche quantitative

De son côté, la recherche quantitative, en phase avec le positivisme, vise à mettre au jour des régularités et des lois générales, à travers l’analyse statistique. Brenner, Kulik, Lee et Leslie s’appuient sur des tests statistiques pour illustrer cette démarche : il s’agit de traduire la complexité du réel en données mesurables et comparables, pour en tirer des tendances robustes.

Des approches complémentaires

Dans la pratique, les frontières se brouillent souvent et ces méthodes se répondent. Les recherches qualitatives peuvent générer des hypothèses, que les études quantitatives viennent ensuite tester. Ce dialogue enrichit la compréhension des phénomènes, offrant des perspectives croisées pour approcher la réalité dans toute sa complexité :

  • Recherche qualitative : Permet de défricher des terrains inexplorés et de formuler des hypothèses pertinentes.
  • Recherche quantitative : Met ces hypothèses à l’épreuve de l’observation systématique et des outils statistiques.

Chaque approche éclaire le réel sous un angle distinct. Ensemble, elles ouvrent la voie à une connaissance plus nuancée, plus solide, capable d’embrasser la diversité du monde social. Si l’on devait retenir une chose, c’est que le choix d’une position ontologique ou épistémologique n’est jamais anodin : il imprime sa marque sur toute la démarche de recherche, du terrain à l’analyse. Un détail qui, parfois, change tout.

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